Le grand paon, un géant nocturne

Le grand paon de nuit est un papillon qui doit son nom à sa grande envergure de 15 centimètres. Quand il atteint sa forme adulte, il a une semaine pour trouver un partenaire et se reproduire. Sa technique de drague : diffuser un appel chimique qui rayonnera jusqu’à 5 kilomètres à la ronde.

Le grand paon de nuit est reconnaissable aux "yeux" dessinés sur ses ailes.
Le grand paon de nuit est reconnaissable aux “yeux” dessinés sur ses ailes.  Crédits : jeangill – Getty

“Qui ne connait ce superbe papillon, le plus gros de l’Europe, vêtu de velours marron et cravaté de fourrure blanche ? Les ailes […] ont au centre une tache ronde, un grand œil à prunelle noire et iris varié, où se groupent en arc le noir, le blanc, le châtain, le rouge-amaranthe.” Cette description pleine de poésie est de la plume de Jean-Henri Fabre, remarquable entomologiste du 19e siècle. 

Elles célèbrent le grand paon de nuit, Saturnia pyri, qui affiche 15 centimètres d’envergure, une taille telle que certains ont pu le prendre pour une chauve-souris. Il déploie quatre ailes superbes, ornées en leur centre d’un “œil” grand ouvert qui évoque les ocelles des plumes du paon. 

La chenille est tout aussi belle, le plus souvent verte ou jaune et, comme Fabre l’ajoute, “Au sommet de tubercules clairsemés et couronnés d’une palissade de cils noirs, elle enchâsse des perles d’un bleu-turquoise. ” Après la métamorphose, sous sa forme adulte, le papillon est dépourvu de trompe. Il est donc incapable de se nourrir et il vit des réserves accumulées par la chenille. Il a devant lui une petite semaine pour rencontrer un partenaire et laisser une descendance. 

Un appel amoureux chimique 

Mais comment les paons s’y prennent-ils pour trouver ce partenaire dans l’obscurité ? Ils s’appellent en quelque sorte, sauf que cet appel est chimique. La nuit venue, la femelle sécrète des phéromones sexuelles qu’elle diffuse grâce à un organe localisé à l’arrière de son corps, une sorte de petit pulvérisateur qui répand l’odeur de la belle. 

Les mâles possèdent des antennes magnifiques, qualifiées de pectinées, c’est-à-dire en forme de peigne. Ces antennes sont pourvues de capteurs d’une incroyable sensibilité. Elles permettent au mâle de capter les effluves d’une femelle à 5 kilomètres de distance. Dit autrement, du point de vue de la femelle, cela signifie que tous les mâles présents dans un rayon de 5 kilomètres, soit une zone pouvant couvrir 78 kilomètres carrés (je vous laisse vérifier le calcul) sont alertés. 

Mais écoutons à nouveau Jean-Henri Fabre qui a installé une femelle sous une cloche grillagée : “C’est une invasion sans exemple encore dans notre demeure, une invasion de papillons géants. Combien sont-ils ? […] Le total des accourus se rapprochera de la quarantaine. ” Un seul sera l’heureux élu, les autres n’auront plus qu’à espérer flairer d’autres effluves. Le grand paon ne se reproduit qu’une fois par an et il ne doit pas laisser passer sa chance. 

Son aire de répartition couvre une large partie de l’Europe jusqu’au Moyen-Orient. On le trouve dans des secteurs à végétation arbustive et jusqu’à 2000 mètres d’altitude. Hélas, il est devenu beaucoup plus rare qu’à l’époque de Fabre. 

Le surnom d’une autre espèce de paon, Graellsia isabellae, est “Isabelle ”. Cette espèce cousine a été popularisée par le film “Papillon” où Michel Serrault, en vieil homme grincheux, partait à sa recherche, encombré d’une petite fille rousse aussi turbulente qu’attachante. Il reste un mystère : pourquoi se faire si beau lorsque l’on ne vit que quelques nuits ?

soucre de l’article